Le Bonhomme de Neige    
 
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-Est-ce donc quelque chose de si beau qu'un poêle ? reprit le Bonhomme de neige après un instant de réflexion.

-Non, non, tout au contraire ! C'est tout noir, avec un long cou et un cercle en cuivre. Il mange du bois au point que le feu lui en sort par la bouche. Il faut se mettre au-dessus ou au-dessous, ou à côté, et alors, rien de plus agréable. Du reste, regarde par la fenêtre, tu l'apercevras.

Le Bonhomme de neige regarda et aperçut en effet un objet noir, reluisant, avec un cercle en cuivre, et par-dessous lequel le feu brillait. Cette vue fit sur lui une impression étrange, qu'il n'avait encore jamais éprouvée, mais que tous les hommes connaissent bien.

-Pourquoi es-tu parti de chez elle ? demanda le Bonhomme de neige.

Il disait : elle, car, pour lui, un être si aimable devait être du sexe féminin.

-Comment as-tu pu quitter ce lieu de délices ?

-Il le fallait bon gré mal gré, dit le chien. On me jeta dehors et on me mit à l'attache, parce qu'un jour je mordis à la jambe le plus jeune des fils de la maison qui venait de me prendre un os. Les maîtres furent très irrités, et l'on m'envoya ici à l'attache. Tu vois, avec le temps, j'y ai perdu ma voix. J'aboie très mal.

Le chien se tut. Mais le Bonhomme de neige n'écoutait déjà plus ce qu'il lui disait. Il continuait à regarder chez la femme de ménage, où le poêle était posé.

-Tout mon être en craque d'envie, disait-il. Si je pouvais entrer !

Souhait bien innocent, tout de même ! Entrer, entrer, c'est mon voeu le plus cher ; il faut que je m'appuie contre le poêle, dussé-je passer par la fenêtre !